Observatoire du Dialogue
et de l'Intelligence Sociale
La raison la meilleure
devient la plus forte
?

10/ Conclusion unique du grand débat : instauration du Débat citoyenL'initiative même du grand débat, tout comme son déploiement empirique, révèle que la concentration des pouvoirs en quelques mains ne suffit plus.

La conclusion récurrente de nos nombreux vrais dialogues organisés sur tous les terrainsest que la cohésion sociale et la réussite collective ne seront relancées que par l'instauration d'un débat citoyen avant tout débat parlementaire. Il faut donc considérer le grand débat comme un grand début et le poursuivre avec méthode !

Le « grand débat » a ouvert la boîte de Pandore : la soif des citoyens pour le dialogue annonce la conscience partagée qu'aucun dirigeant n'est en situation de gérer seul le chômage, les bulles financières récurrentes, l'épuisement des matières premières, les dettes publiques ou encore les pollutions de la terre, de l'eau et de l'air. Mais le manque de temps et de méthode n'a pas encore permis de lever les non-dits et les tabous.

L'enchevêtrement des enjeux techniques, économiques, sociaux, sociétaux rend indispensable d'impliquer les neurones, les talents et les énergies dans un grand déchiffrage collectif. Le débat entre les citoyens est la clé de la transformation continue, de la réactivité, de la souplesse de la société dans son ensemble, ce qui rend possible l'innovation au service de tous. Au final, la production collective d'une vision partagée rend chaque français responsable de tous les français.

Le débat citoyen doit approfondir les diagnostics et inventer des solutions sur tous les problèmes, l'un après l'autre, via un processus rigoureux, ouvert à tous et orienté vers la recherche de l'intérêt général à long terme. Il s'agit donc d'instituer une méthode de gouvernance nouvelle, une démarche systémique de conjugaison à grande échelle de l'imagination et du pragmatisme sur chaque grand thème en amont des débats parlementaires.

Comment structurer ce nouvel étage démocratique pour libérer la parole et les énergies, la créativité et la responsabilité de chaque citoyen vis-à-vis de la cité dans son ensemble ? Trente années de vrais dialogues dans toutes les sphères avec toutes les parties prenantes nous ont permis de découvrir la méthode qui rend possible en pratique cette révolution démocratique permanente.

Une démarche générale et continue

Les Présidents des trois chambres parlementaires (le Sénat, l'Assemblée Nationale, la Conseil Economique, Social et Environnemental), ou l'un d'entre eux, devraient prendre l'initiative de construire une instance de pilotage national.

Dans un premier temps, il s'agit de définir la Feuille de route générique applicable à tous les débats publics thématiques selon un rythme trimestriel, mensuel, voire hebdomadaire. Un rôle d'écoute active doit être confié aux parlementaires. Le mécanisme opérationnel doit se déployer à travers des outils qui organisent :

  • Le recueil et le partage et l'agrégation de l'information dans toutes les phases de tous les processus thématiques,
  • Avec la garantie de la distribution de la parole à la diversité des porteurs d'idéaux, d'expériences, de savoirs et de propositions,
  • Aux niveaux national, territorial ainsi qu'à l'intérieur des corps intermédiaires, associations et entreprises.
  • Au niveau personnel, pour que chaque participant puisse suivre les travaux et surtout modifier ses réponses, les signer ou rester anonyme, et décider du niveau de leur diffusion.

Chaque Débat citoyen doit se déployer sur un thème spécifique en quatre phases.

  1. Préparation du Débat citoyen

Le pilotage de la démarche  doit être confié à un collectif qui réunit des parlementaires qui représentent tous les partis politiques. A charge pour eux d'associer un second cercle d'acteurs aux positionnements complémentaires sur les différents échiquiers social, associatif, médiatique et économique. La mission de cette instance consiste à valider l'approfondissement des diagnostics et des propositions anonymisées, ordonnées, objectives et exhaustives afin que chaque participant retrouve bien ses idées dans chacune des phases ultérieures. Un outillage d'étude et de communication utilisable à l'envi est calibré pour optimiser les conditions d'un vrai dialogue avec toute la société dans sa pluralité.

  1. Lancement du Débat citoyen

Sous l'autorité du Comité de pilotage, les citoyens sont appelés à faire connaître leurs informations et propositions. Un événement est ensuite organisé en deux temps forts :

  • Forum : après avoir présenté la carte des faits et des idées et la carte des acteurs, la parole est distribuée au public à l'aide du guide d'animation.
  • Table ronde du Comité de pilotage pour présenter la feuille de route et appeler tous les publics à participer.
  1. Tenue du Débat citoyen

Le Comité de pilotage mobilise tous les acteurs-relais dans le but de multiplier les événements et de s'assurer que la diversité des composantes de la société participe, sans exclusive. Tous les acteurs qui souhaitent abonder à la réflexion collective doivent pouvoir utiliser un kit de dialogue thématique pour préparer, animer et assurer le suivi d'un événement qu'ils organisent, qu'il soit privé ou public, spécifique ou inséré dans un événement préexistant. Tous les travaux doivent rester accessibles en continu sur la plateforme citoyenne qui gère une base de données unique. Si tous les internautes ont un accès libre aux sociogrammes et aux recueils de témoignages et catalogues de pratiques par territoire, des espaces sécurisés doivent être ouverts :

  • Participants : optimiser leurs contributions personnelles et décider de leur niveau de confidentialité et de diffusion.
  • Parlementaires : agréger travaux et comptes rendus des événements de leur seule circonscription.
  • Les acteurs-relais : agréger leurs seuls événements.
  1. Fin du Débat citoyen et ouverture du débat parlementaire

Chaque Parlementaire reçoit le rapport citoyen de sa circonscription. Le Comité de pilotage agrège toutes les informations, analyses et Propositions aux parties prenantes 360° dans un rapport citoyen final et en fait une présentation publique. La remise aux parlementaires du rapport citoyen ouvre le débat parlementaire. Le rapport citoyen constitue à la fois le point d'arrivée du débat citoyen et le point de départ du débat parlementaire. Le Parlement reste souverain.

Les applications de dialogue portant sur des thèmes non spécifiques à la France peuvent être reprises et déployées au sein des entreprises, syndicats et ONG, aussi bien en France qu'en Europe et dans le monde pour organiser le débat citoyen dans toutes les organisations et nations. La France deviendra alors le grand organisateur du débat public indispensable au saut civilisationnel imposé par les nouveaux systèmes d'information. Nous pourrons ainsi bâtir de nouvelles solidarités à la fois interpersonnelles, intergénérationnelles et interculturelles génératrices de performances plus durables à l'échelle planétaire et au profit de tous.

 

 

Le Débat citoyen doit s'opérer en amont du débat parlementaire, thème par thème, selon un processus national piloté par le Parlement sur l'ensemble du territoire en quatre phases distinctes :

  1. Préparation : Comité de pilotage parlementaire 
    1. Regrouper des personnalités de toutes les sphères
    2.  Réaliser une Carte des faits et idées exhaustive et synthétique
  2. Lancement : ordonner tous les contenus recensés
    1. Appeler les informations et propositions des citoyens
    2. Repérer les socioprofils d'acteurs selon leurs vécus, idéaux et pratiques
  3. Débat citoyen : réfléchir avec tous au sein des territoires et des organisations
    1. Présenter la Carte des acteurs positionnés dans la carte des faits et des idées
    2. Distribuer la parole en respectant la diversité avec le Guide d'animation
  4. Rapport citoyen : remise des conclusions aux parlementaires
    1. Agréger tous les comptes rendus par territoire
    2. Remettre le rapport du débat citoyen en ouverture du débat parlementaire

NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livrera les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise, la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser plus des dizaines de groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises. Cette pratique du dialogue sur le terrain, avec et entre plus de 100 000 citoyens et avec toutes les parties prenantes a permis à l'Odissée de découvrir des Modèles de l'intelligence sociale, de mettre au point des techniques et outils de dialogue, de créer le logiciel de dialogue ULIS installé sur la plateforme Internet Odissée.

Video Youtube Jean-François Chantaraud

Chronique du 15/03/2019 La Tribune