Observatoire du Dialogue
et de l'Intelligence Sociale
La raison la meilleure
devient la plus forte
?

5/ Le Processus W, un mécanisme universel d'organisation du vrai dialogueUn vrai débat doit impliquer tous les acteurs, quel que soit leur poids dans la décision, leurs intérêts particuliers, leur niveau de savoirs, leurs diagnostics et propositions.

Il faut repenser les rôles pour associer chaque personne et chaque structure au développement simultané de la performance économique et de l'efficience sociale. Le Processus W permet de donner à chacun toute sa place.

La structure du dialogue, source de la culture du dialogue

Organiser la participation de tous à la recherche du mieux vivre ensemble et mieux réussir ensemble, suppose que chacun assume sa part de responsabilité. Or, susciter ce nouvel élan suppose une mutation culturelle : développer la citoyenneté active portée par l'envie et la capacité de comprendre son environnement, de le choisir en connaissance de cause et de participer de façon continue à son amélioration. Cela ne se décrète pas. La construction d'une culture de dialogue, de transparence et de responsabilité nécessite que chacun respecte mieux toutes les personnes, tous les faits et toutes les idées. L'émergence de comportements nouveaux à tous les étages de la société nécessite une démarche opérationnelle que chacun(e) puisse mettre en œuvre là où il/elle se trouve, reposant sur des outils adaptés à chaque type d'acteurs.

L'objectif réel

Un vrai dialogue organise la rencontre des faits, des idées et des personnes, il constitue la pratique opérationnelle de la démocratie qui contribue à faire vivre ensemble les citoyens. En organisant la réflexion collective, il donne à chacun la possibilité équitable de mieux exercer son propre libre arbitre, et d'aider autrui à mieux exercer le sien. Organiser le dialogue consiste à activer les valeurs républicaines de liberté, d'égalité et de fraternité pour construire une société dans laquelle chacun peut et veut s'inscrire.

Plus l'écoute est large, moins l'on risque d'omettre des signaux d'alerte et des idées nouvelles. Plus le nombre de personnes réfléchissant activement est grand, meilleures sont les solutions apportées. Mieux les décisions sont comprises, plus elles sont entraînantes et plus forte est la cohésion sociale. Quelles seront la santé et la force de la société qui, sachant mettre les citoyens au service de la recherche de l'intérêt général, bénéficiera de leur quantité phénoménale de vigilance, de créativité, de conseils et, in fine, d'énergie !!

Un préalable : le rôle du décideur

Si les décideurs doivent annoncer leur volonté et leur méthode de dialogue, ils doivent ensuite se placer sur un pied d'égalité avec tous les participants. Dans un vrai dialogue, leurs informations, leurs analyses et leurs idées ne doivent pas en effet occuper plus de place que celles des autres. Lorsqu'ils ont les moyens de faire appel à un animateur indépendant, ils ne devraient surtout pas intervenir eux-mêmes, mais plutôt laisser les participants échanger leurs informations, idées et analyses, pour ne conserver que la responsabilité du suivi du processus de recherche équitable du mieux aux yeux de tous. Quand ils n'ont pas la possibilité de trouver un animateur totalement neutre à l'extérieur, ils devraient responsabiliser l'un des participants en affichant de façon claire sa responsabilité et son rôle.

La réflexion doit être intercalée entre les phases précédentes et ultérieures de décision : il est indispensable de s'inscrire dans des périodes ou instants dissociés d'un agenda extérieur au thème traité. Aucun enjeu spécifique de l'une des parties prenantes ne doit prendre a priori plus de place sur les autres, afin de s'extraire des logiques de pouvoir et d'influence pour conserver à la fois l'objectivité et l'image d'objectivité.

Le choix des acteurs

Un vrai dialogue suppose de répartir la parole dans le temps entre trois grandes catégories d'acteurs repérés selon leur poids dans la décision finale : les décideurs, qui ont le pouvoir de décision sur le sujet traité ; les corps intermédiaires, relais d'opinion et experts qui ont des pouvoirs d'influence et des savoirs utiles ; les dirigés, qui n'ont que peu de pouvoir et d'influence, mais participent à la mise en œuvre et devront assumer les conséquences des décisions prises par d'autres.

Un processus en cinq phases

Que la réflexion ne dure que le temps d'une partie d'une réunion, ou qu'elle s'étale comme lors du pilotage d'un projet ou d'un débat public sur des mois, voire même des années, le processus suivi doit dessiner un W, ou une suite de W, qui s'enchaînent en cascade, en croisant sur un axe le temps et sur l'autre les auteurs en fonction de leurs poids dans les décisions ultérieures (voir le schéma ci-dessous).

(1) Le Processus W est le 8e des Neuf principes fondamentaux du dialogue, lesquels constituent la deuxième des huit familles de Modèles de l'intelligence sociale© découverts par l'Odis, en partie publiés dans les ouvrages L'état social de la France, de l'Europe, du Monde à la Documentation française.

 

Sur un schéma plaçant le temps en abscisses et les acteurs en ordonnées, la succession des cinq phases du processus forment un W, d'où l'appellation « Processus W ».

 

Les consultations

Les appels à propositions ou Cahiers de doléances correspondent à la phase 1 du Processus W. Les retours devraient faire l'objet d'un ordonnancement exhaustif, lequel devrait constituer la base d'une réflexion ouverte à tous.

Les livres blancs, sondages, études qualitatives

Les experts associent des échantillons représentatifs des parties prenantes. Leurs expertises constituent plus un support aux décisions qu'une ouverture de la réflexion. Leur élaboration correspond à la phase 2 d'un Processus W dans un cadre dont l'ouverture reste réduite. Le rôle de l'expert devrait être de mettre le sujet en équation pour ouvrir le débat.

Les conférences-débats

Les plus brillants exposés ex cathedra sont des monologues complétés par les réponses des maîtres aux questions des élèves. Ce sont des instants de livraison de savoirs et non des moments de réflexion collective qui permettent un réel brassage d'idées qui remettent en cause les certitudes. Dans un vrai dialogue, les sachants ont leur place en phase 1 du Processus W pour planter le décor, en phase 3 pour corriger des méprises, ou encore en phase 4 pour ajouter de la perspective et des conditions de faisabilité à la synthèse.

Internet

Les interventions erratiques des internautes, souvent irréfléchies, rarement coordonnées, sont des empilements de monologues qui ne produisent pas de diagnostic partagé et de projet commun. Elles constituent une partie de la phase 2 du Processus W.

Le Grand débat national de l'hiver 2019

De nombreux thèmes, une implication aléatoire des corps intermédiaires, pas de restitution formelle des contributions recueillies en ouverture des débats, des animateurs non sélectionnés pour leur maîtrise de la dialectique et des processus d'innovation, des rédacteurs de compte rendus non sélectionnés pour leur capacité de synthèse objective... : les acteurs et les phases ne sont pas bien calés dans un vrai Processus W : autant d'éléments manquants pour un Vrai débat.

Le référendum d'initiative citoyenne

Un référendum constitue un processus de décision et correspond à la phase 5 du Processus W. Pour être efficace, la ou les questions posées aux citoyens devraient formulées à l'issue de la phase 4 du Processus W.

Les cinq phases du Processus W (Vidéo)

Un vrai dialogue répartit la parole dans le temps entre trois grandes catégories d'interlocuteurs selon cinq phases distinctes. Le séquençage de l'articulation du Processus W est annoncé dès le lancement de la démarche :

  • Appel à contributions : Les dirigeants ouvrent la réflexion via un appel à propositions ouvert à toutes les parties prenantes concernées potentiellement par l'une quelconque des options qui pourraient être mises en œuvre à l'issue du processus.
  • Traitement des contributions : Activation de toutes les parties prenantes via tous les relais dans lesquels ils sont susceptibles de se reconnaître : tous doivent être associés à la démarche afin de déclencher l'envie générale de participer. Les contributions et propositions sont recueillies et classées par thème selon leur complexité et surtout pas selon leur pertinence ni leur auteur.
  • Réflexion collective sur les contributions : Analyse collective et constructive des informations et idées recueillies. Afin de devenir et rester légitime aux yeux de tous, le collectif réuni avec les corps intermédiaires doit regrouper en transparence des participants complémentaires pour leur indépendance, leurs appartenances et la pluralité de leurs expertises. La parole doit être distribuée de façon équitable, reformulée, synthétisée, relancée pour rebondir sur les idées dans une atmosphère de respect mutuel et un esprit constructif. Le groupe peut alors poser un diagnostic approfondi et partagé, inventer des solutions nouvelles et définir des repères communs.
  • Recueil de réactions complémentaires : Agencement de l'ensemble des données, de l'analyse et des orientations dans une synthèse globale, formelle et diffusée à tous les publics concernés en sollicitant leurs réactions et engagements.
  • Rapport global et décisions : Croisement des informations et analyses dans un raisonnement global qui identifie les conditions de la réussite collective, en précisant le rôle souhaitable de chacun. Tant que les parties prenantes ne s'approprient pas la qualité du diagnostic et des projets, tant qu'il n'y a pas d'urgence, le processus peut et doit être poursuivi, repensé et optimisé.

La réflexion collective est close lorsqu'une analyse fouillée et objective produit un consensus solidifié. Les décideurs sont alors en position de prendre et annoncer leurs décisions, mais seulement à l'issue du Processus W.

NOTES

(*) Afin d'éviter les écueils des faux dialogues générateurs de suspicion, de rupture et de conflits, La Tribune ouvre ses colonnes à l'Odissée. Pilotée par son directeur et expert de la dialectique, Jean-François Chantaraud, la chronique hebdomadaire « Ne nous fâchons pas ! » livre les concepts, les clés opérationnelles de la méthode en s'appuyant sur des cas pratiques et sur l'actualité.

L'Odissée, l'Organisation du Dialogue et de l'Intelligence Sociale dans la Société Et l'Entreprise, est un organisme bicéphale composé d'un centre de conseil et recherche (l'Odis) et d'une ONG reconnue d'Intérêt général (Les Amis de l'Odissée) dont l'objet consiste à "Faire progresser la démocratie dans tous les domaines et partout dans le monde".

Depuis 1990, l'Odissée conduit l'étude interactive permanente Comprendre et développer la Personne, l'Entreprise et la Société. Dès 1992, elle a diffusé un million de Cahiers de doléances, ce qui l'a conduit à organiser des groupes de travail regroupant des acteurs des sphères associative, sociale, politique, économique qui ont animé des centaines d'auditions, tables rondes, forums, tours de France citoyens, démarches de dialogue territorial et à l'intérieur des entreprises.

Video Youtube Jean-François Chantaraud

Chronique du 30/01/2019 La Tribune