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L'Europe et le citoyen - Exposé des motifsPour avoir inventé la démocratie aristocratique puis la démocratie représentative, l'éthos européen est d'être "inventeur de démocratie". Le projet européen doit être repensé pour inventer la 3ème génération de systèmes démocratiques.

En 2005, les irlandais, les néerlandais et les français ont dit non à la constitution européenne. Ont-ils rejeté l’Europe, ou les mécanismes d’élaboration de la décision publique ? S'ils étaient consultés sur leur propre constitution, peut-être diraient-ils aussi non, car le citoyen ne veut plus aujourd'hui seulement avoir une voix, il veut aussi la parole.

La démocratie représentative atteint ses limites : il devient nécessaire de lui adjoindre la démocratie citoyenne.

L’Europe doit poursuivre son histoire d’inventeur de démocraties, en se dotant d’un nouveau projet et d’un nouveau mode de fonctionnement qui fera appel à la responsabilité citoyenne de chaque personne. Cette stratégie continentale est porteuse du sursaut indispensable pour inverser la perte d’influence en cours et redonner du sens à l'Europe.

 

Le continent européen a su transcrire dans ses systèmes politiques les deux précédentes générations de moyens techniques de communication. Chaque fois, plus de citoyenneté a généré plus de responsabilité intellectuelle, plus d’innovation, plus de lien social et plus de performance dans tous les domaines.

Dans la seconde partie du XXème siècle, à l’issue de la seconde guerre mondiale, les pays européens ont entamé une nouvelle révolution de gouvernance structurelle. S’attachant dans un premier temps au développement des performances, ils ont construit la Communauté Economique Européenne avec le traité de Rome, en 1957. Avec le traité de Maastricht, ils ont introduit en 1992, le lien social qui constitue la seconde dimension nécessaire au bon fonctionnement durable d’une société. Mais le projet n’est plus, ou n’est pas encore, bien partagé par les citoyens. L’Europe doit donc lui donner de la visibilité. Or, en relisant l’histoire longue des continents à travers celle des systèmes d’information et des systèmes de pouvoir, le projet apparait comme une évidence : l’inventeur de démocraties qu’est l’Europe doit maintenant inventer la démocratie citoyenne.

 

 

En effet, aucun dirigeant n’est en situation de gérer seul les périls tels que le chômage, les bulles financières récurrentes, les dettes publiques ou encore les pollutions de la terre, de l’eau et de l’air. Aussi, si nous voulons être capables de traiter ces problèmes au fond, il va nous falloir inventer de nouveaux processus politiques, ouverts à tous et résolument orientés vers la recherche de l'intérêt général à long terme. La finalité consiste à activer la part du citoyen responsable de toute la cité qui réside en chaque personne. Faire entrer la personne dans la complexité, dans la citoyenneté active, dans la responsabilité intellectuelle, ne consiste cependant pas à construire son omniscience, mais plutôt à doter le corps social de repères communs et à élaborer les valeurs et priorités partagées qui doivent présider aux choix collectifs, les religos. C’est sur la base de ces religos que devront être déployés des processus de mutualisation des connaissances, par et avec le plus grand nombre.

 

 

 

Cette réflexion collective ne peut se tenir que si les corps intermédiaires, formels et informels, y prennent toute leur place. Il s’agit donc à présent d’instituer une méthode de gouvernance nouvelle : faire en sorte que chacun, dans toutes les sphères et à tous les étages, observe mieux le terrain, entende beaucoup, échange des informations, croise ses analyses pour identifier avec les autres les racines des problèmes, les meilleures idées et les meilleures pratiques. Cela va supposer de maîtriser les processus de dialogue afin de permettre à tous, des décideurs aux dirigés, en passant par chaque composante du corps social, de prendre les décisions les plus éclairées, chacun à son niveau, puis de les mettre en œuvre selon ses moyens et son statut. Dans cette sémiocratie[1], démocratie portée par le sens, nous pourrons bâtir des solidarités à la fois intergénérationnelles, interethniques et interculturelles.

Au regard de ses difficultés actuelles, l’Union européenne ne peut éviter cet effort porteur d’un nouvel élan sociétal. Le projet de l’Europe consiste maintenant à assumer son rôle civilisationnel : inventer cette nouvelle ère démocratique, inhérente à l’évolution des systèmes numériques d’information et de communication, à travers laquelle chacun découvrira de nouvelles réserves pour mieux se comprendre, mieux comprendre le monde, et ainsi mieux développer simultanément sa personne, l’organisation dans laquelle il travaille et la société dans son ensemble. Sans cette réactivité organisationnelle des institutions, l’Europe serait en rupture de sa propre identité. La disparition de tout sentiment européen ne serait alors qu’une question de temps. Reste encore à préciser les concepts de cette nouvelle génération de systèmes politiques, la démocratie citoyenne, puis à l’opérationnaliser à grande échelle.

 

[1] Voir L’Etat Social de l'Europe, La Documentation française, 2014

 

L'éthos européen : inventeur de démocratie